"J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse." Arthur Rimbaud
Genèse et réception de l’oeuvre
Chronologie de la publication
1728
Publication à Amsterdam des tomes I-II des Mémoires et aventures d’un homme de qualité. Tomes III-IV en 1729.
1731
Publication en Hollande du tome VII contenant Manon Lescaut. Saisie à Paris en octobre 1733 : jugé immoral.
1753
Édition définitive révisée : Prévost enrichit la psychologie, ajoute l’épisode de Synnelet. Édition de référence actuelle.
XIXe-XXe s.
Opéra de Massenet (1884), opéra de Puccini (1893). H.-G. Clouzot, Manon (1949). Consécration définitive.
La préface et la stratégie auctoriale
Dans l’« Avis de l’auteur du premier tome » (1753), Prévost justifie son roman en invoquant une visée moralisatrice : montrer les désordres de la passion pour en détourner le lecteur. Il écrit ainsi :
Outre le plaisir d’une lecture agréable, on y trouvera peu d’événements qui ne puissent servir à l’instruction des mœurs ; et c’est rendre, à mon avis, un service considérable au public que de l’instruire en l’amusant.— Prévost, Avis au lecteur
Cette défense est en partie rhétorique. La tension entre la morale affichée et la séduction du texte constitue une des richesses fondamentales de l’œuvre. Le marquis de Renoncour, narrateur initial, présente des Grieux comme un « jeune homme, à qui l’on voit faire de gaieté de cœur les plus grandes fautes, et à qui néanmoins on ne peut s’empêcher de souhaiter une meilleure destinée » – résumé parfait de l’ambiguïté morale du roman.
Réception critique
La réception a été violente puis admirative. Montesquieu note dans ses Carnets en 1731 :
Je ne suis pas étonné que ce roman plaise, quoique le héros, le chevalier des Grieux, ait pour motif l’amour, c’est-à-dire une vertu jointe à toute espèce de bassesse. Manon aime aussi, ce qui lui fait pardonner tout le reste.— Montesquieu, Carnets, 1731
Ailleurs, il qualifie le roman de livre « dont le héros est un fripon et l’héroïne une catin » — jugement volontairement provocateur qui soulève la question des valeurs morales dans l’œuvre. Flaubert, lui, dira que « ce qui y est admirable » est ce qui rend les deux héros « si vrais, si sympathiques » -soulignant la réciprocité des sentiments comme clé de l’attachement du lecteur.